CONNAÎTRE ET GÉRER L’ALCOOL...


L’alcoolisme est un des fléaux principaux de la société aujourd’hui (2 millions d’alcooliques dépendants en 5 millions de buveurs excessifs en France) et ses répercussions sont visibles tant sur le plan psychologique, que sur le plan sociologique et économique. Depuis l’antiquité, l’alcool est associé, notamment dans les pays producteurs de bière et de vin, à quelque chose de festif et de convivial. Il a un effet euphorisant et anxiogène. Or, selon la fragilité de la personnalité (ses antécédents, son histoire personnelle et familiale face à l’alcool, son mal-être, la non identification d’un problème existant…), l’alcool devient une drogue dont il est difficile de se détacher. Cette maladie ne touche pas uniquement l’alcoolique mais l’ensemble de son entourage. Cette interaction alcoolisme/famille s’observe à deux niveaux : l’alcoolisme d’un des membres de la famille a des conséquences sur le fonctionnement de la famille mais également, la famille engendre ou entretient la pathologie alcoolique. Il n’est donc pas surprenant d’observer d’une part dans l’étiologie de cette maladie, la présence de facteurs familiaux et d’autre part, l’impact de l’entourage dans la prise en charge thérapeutique. Plusieurs études ont montré que les thérapies incluant les proches de l’alcoolodépendant, en particulier le conjoint, dans les différentes étapes du traitement, améliorent les résultats (O’Farell & al 1985).



DEFINITION


L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 1952 définit les alcooliques comme « des buveurs excessifs dont la dépendance à l’égard de l’alcool est telle qu’ils présentent soit un trouble mental décelable, soit des manifestations affectant leur santé physique et mentale, leurs relations avec autrui et leur comportement social et économique, soit des prodromes de troubles de ce genre. Ils doivent être soumis à un traitement ».


L’alcoolisme se définit donc, par le lien de dépendance qui unit l’individu au produit. L’alcool devient un auxiliaire de vie indispensable. Ce n’est pas la quantité d’alcool absorbée qui fait l’alcoolique mais la relation qu’il entretient avec le produit : sa consommation crée des problèmes au sein de son foyer et dans sa vie sociale ; il devient dépendant ; il a des pertes de mémoire ; il recherche compulsivement des bouteilles et des occasions de boire. Le malade alcoolique pense maîtriser sa consommation alors que tout prouve le contraire. Cette substance altérant son comportement a des conséquences sur tout son environnement (changement de mode de communication, apparition de conflits sous-jacents, désinsertion sociale, complications psychiques aiguës et chroniques, criminalité…). Il devient donc nécessaire de prendre en compte l’entourage dans la prise en charge thérapeutique de l’alcoolique.  



POURQUOI BOIT-ON ?


Les causes évoquées pour expliquer un problème d’alcool sont nombreuses. Aucune synthèse explicative n’est satisfaisante. L’alcoolisme est un phénomène hétérogène où le poids respectif des facteurs écologiques, humains et pharmacologiques varie d’un sujet à l’autre. Différentes études ont mis en avant diverses étiologies comme l’hérédité, les troubles métaboliques, les troubles de la personnalité, les maladies mentales, les troubles socio-économiques… .


Selon Zinberg (1984), trois composantes principales sont en interaction dans les problèmes de dépendance à un toxique : l’individu (caractéristiques psychologiques et physiques des personnes aux prises avec des problèmes de consommation), la substance (le produit et ses mécanismes d’action sur l’individu) et l’environnement (l’accessibilité, l’influence de l’entourage familial et social, les normes et les valeurs culturelles). En effet, des mécanismes psychologiques conditionnent les conduites alcooliques tels que l’imitation, la compensation, la dérivation, l’auto-agressivité et l’impulsivité morbide. Des traits de personnalité telles l’immaturité, l’insécurité, la dépendance et l’intolérance aux frustrations sont souvent présents. Cependant il n’existe pas une personnalité préalcoolique spécifique, d’autres facteurs interviennent et s’associent (influence du milieu et probablement prédisposition somatique). Des facteurs socio-culturels favorisent les habitudes d’alcoolisation. Leur rôle est considérable si l’on considère la prévalence élevée de l’alcoolisme dans certaines professions, dans les groupes sociaux défavorisés ou désorganisés sur le plan culturel et dans les pays où l’incitation est forte (publicité, modicité du prix de l’alcool, attitude tolérante de l’opinion, énorme intérêts économiques en jeu…).



ROLE DE L’ENTOURAGE DANS LA PRISE EN CHARGE DU MALADE ALCOOLIQUE


L’entourage peut être inclus dans la thérapie à la fois parce qu’il constituera une aide importante, un soutien pour le patient mais également parce qu’il peut avoir une part, non négligeable, dans la pathologie du patient.


L’entourage comme aide à la thérapie


L’entourage (membre de la famille, conjoint, enfants) de l’alcoolique constitue un élément très important dans la prise en charge de l’alcoolique pour différentes raisons. Il permet, d’une part, de relever le problème d’alcool si longtemps dénié et de confronter le malade à la nécessité d’être aidé et d’autre part, il permet d’établir les bases d’une alliance thérapeutique, afin qu’une fois le déni passé, l’engagement (ainsi que son maintien) puisse émerger.


En effet, le sujet est amené à prendre conscience de l’impact de son addiction sur lui-même et son entourage par le biais des dires de l’entourage. La verbalisation des lourdes conséquences de l’addiction sert de base afin de débuter la thérapie. Par la suite seront aborder d’autres problématiques telles que le rôle que remplie l’alcool chez le patient, les conflits sous-jacents, le déni…


De plus, dans la situation d’urgence (souvent d’hospitalisation), l’entourage peut constituer une aide importante afin d’amener le sujet à entamer une procédure de soin, soit par leur présence physique soit par leur présence morale. En effet, sans culpabiliser le patient, l’évocation de l’impact de l’alcool sur la famille peut les conduire à réfléchir à la nécessité d’une prise en charge. Il est cependant important que le patient ne soit pas contraint au soin car les effets à long terme seront vains.  


L’entourage comme résistance à la thérapie


Il est important de noter que l’alliance thérapeutique est difficile à obtenir en raison des multiples fonctions que remplissait l’alcool tant chez le patient que dans l’entourage (fonction « thérapeutique » car il est souvent utilisé en traitement du mal être difficilement identifiable par le malade ; base de la relation…). L’entourage peut être placé, par le patient, dans un rôle de soignant. Or si le symptôme disparaît, « l’aidant » ne remplie plus cette fonction d’où le risque d’une résistance au changement de la part de l’entourage. Il est donc important d’impliquer l’entourage dans le processus de soin en lui donnant des responsabilités thérapeutiques comme par exemple donner les médicaments, faire des massages…  


De plus, une redéfinition des rôles au sein de la famille suite au changement de comportement de l’alcoolique sera inévitable. En effet, l’entourage peut, par exemple, avoir le sentiment de perdre sa supériorité envers l’alcoolique et cette nouvelle situation bouleversera l’organisation de la famille. Ce changement est à travailler afin que, d’une part, la situation existant précédemment ne réapparaisse pas ce qui pourrait favoriser une rechute, et d’autre part afin de faire accepter, aux différents membres de la famille, leurs nouveaux rôles.


Identification des bénéfices secondaires


Les bénéfices secondaires représentent des facteurs de maintien à la dépendance. Ce sont ces petits « avantages » dont tire partie l’entourage. Les bénéfices peuvent être financiers (allocation d’invalidité) et/ou relationnels (décision prises sans prendre en compte l’avis de la personne dépendante, évitement de conflits…). La personne étant anesthésiée par sa dépendance ne peut plus remplir son rôle (de parent, de conjoint…). Il est important d’identifier les bénéfices secondaires afin d’éviter de reproduire un comportement pouvant maintenir la dépendance. Les questions telles que : « Qui est au courant qu’il boit ? », « Qui fait quoi quand il a bu ? » permettent d’observer le rôle et le fonctionnement de la famille autour du comportement alcoolique.  


Les bénéfices peuvent être :

 La régulation des distances. L’alcool peut avoir deux effets sur les distances : l’éloignement (permet d’éviter de rencontrer les personnes qui posent problème comme la belle mère qui déteste les alcooliques et refuse de les voir) ou le rapprochement (permet de retrouver des personnes dans un certain contexte comme au café par exemple).

 La régulation des affects et des conflits : l’alcool évite des conversations conflictuelles de peur que le sujet se mette à boire. Il permet également de cacher le « vrai » problème d’origine du patient (qu’il ne connaît pas forcément) en mettant l’alcool au premier plan.

 La régulation de la structure familiale : l’alcool permet par exemple de garder sa fille à la maison afin d’aider sa mère face à son mari alcoolique.

 L’éveil de l’intérêt du conjoint qui considère, en raison de son histoire (ex : son père mort des suite d’un cancer du foie), ce problème (et uniquement ce problème) avec sérieux.


L’alcool intervient comme un organisateur existentiel structurant la vie du sujet. L’identification des bénéfices secondaires permettra de soulever et de travailler ces difficultés relationnelles afin que le patient puisse les comprendre et les gérer sans avoir recours à l’alcool.


Apport de l’utilisation du génogramme


Le génogramme est un schéma incluant un arbre généalogique et relationnel entourant le patient,  les principaux évènements significatifs vécus et les relations que le patient entretient avec son entourage en termes d’intensité et de conflictualité. Il est utilisé afin de repérer d’une part le fonctionnement du patient et de l’entourage et d’autre part les matrices trans-générationnelles du côté du patient mais également (et cela ne doit pas être oublié) du conjoint. A l’aide du génogramme, les « co-alcooliques » chez qui le patient recherche de l’aide et de la compréhension au moment des crises sont identifiés, ainsi que la localisation des conflits. La reconnaissance des membres « aidants » est indispensable dans la prise en charge thérapeutique pour que celle-ci soit efficace. L’organisation familiale est mise en lumière et sa compréhension permet de débuter un travail efficace à long terme.  


Notre proposition de prise en charge psychothérapeutique


- La construction de l’avenir est à privilégier davantage aux recherches des causes passées. On ne peut changer son hérédité (si elle existe) ou son histoire passée mais considérer son histoire avec un autre angle de vue et réfléchir aux changements que l’on peut y effectuer sont des pistes de travail plus intéressantes à explorer (Cassiers, 1982).


- L’abstinence n’est pas le but immédiat à atteindre. Il est davantage important de trouver un lieu de compréhension et d’expression dans un climat de confiance, vous permettant de considérer votre état comme compréhensible dans cette situation et ainsi pouvoir exprimer votre souffrance dans un lieu où elle sera entendue.


- Les rechutes ne sont pas à diaboliser. En faisant l’expérience de cette rechute, le patient comprend mieux sa dépendance et l’importance à s’en extraire. L’entourage (famille et équipe soignante) doit également accepter les rechutes comme tel afin que celui-ci ne génère, par leur réaction culpabilisante et parfois même méprisante, d’effets négatifs désastreux. Cet élément appuie une fois encore l’importance de pendre en charge l’entourage du patient dans la thérapie.  


- La part préservée de votre personnalité (c'est-à-dire sa part adaptée, saine, semblant aller bien) est importante à considérer. En effet, votre singularité permettra la réflexion, le travail, l’alliance thérapeutique et l’autogestion. Les conséquences de l’alcoolisme sont délétères d’où l’importance de remettre en lumière vos aptitudes préservées afin que vous (re)trouviez confiance en vous pour vous en sortir.


- Enfin, votre prise en charge thérapeutique respectera certains principes : le respect de votre personne, de votre mode de vie, de vos croyances et de vos systèmes de connaissance ; l’apaisement des situations anxiogènes ou stressantes ; une attitude modeste quant aux objectifs de changement ; l’absence de mise en accusation de votre famille ; un accompagnement sur une durée suffisamment longue, si la nécessité l’impose ; l’acceptation d’une différenciation et d’une diversification des modalités d’intervention (individualisation de la prise en charge).


LES DIFFERENTES PHASES DANS LE PROCESSUS DE L’ALCOOLISATION


Trois phases peuvent être répertoriées :


1) Alcoolisation progressive, déni et « pseudo-internalité ».


La prise d’alcool a débuté lors d’une fragilité évènementielle, individuelle ou familiale mais a continué à augmenter progressivement amenant le sujet à dénier de plus en plus ses troubles et à prôner le fait qu’il puisse s’en sortir seul et facilement. Janne et al (1995) ont proposé le concept de « pseudo-internalité » afin d’illustrer l’écart existant entre le discours minimisant du sujet (contrôle de la situation) et la situation réelle (dépendance). Le sujet pense que le problème est « interne » à lui-même donc que les solutions le sont également. Il n’envisage aucunement que les solutions puissent venir de l’extérieur et l’entourage le conforte, dans un premier temps, dans cette idée. Ce processus empêche une prise de conscience réelle du sujet face à son absence de maîtrise de sa consommation d’alcool, et aux lourdes conséquences de cette dépendance. Il devient un mécanisme de défense permettant ainsi au sujet de se protéger en déniant ses troubles. Le déni s’explique par le fait qu’en se reconnaissant alcoolique, l’image de lui-même à ses yeux et à ceux des autres serait celle actuellement répandue à savoir, d’un être méprisable, en dessous de tout. De plus cette tendance à nier son besoin d’addiction du produit témoigne de la lutte constante pour prouver ses capacités d’autonomie.   


2) Co-alcoolisme passif et actif


L’entourage peut participer au processus d’alcoolisation du sujet. Outre les facteurs socio-culturels « classiques » (la tolérance, les habitudes…), le facteur de dépendance du conjoint ou de la famille au sujet alcoolique, incite l’entourage à accepter et excuser le malade afin de ne pas mettre en péril cette relation. Ainsi, cette attitude peut engendrer des résistances au changement. Le problème d’alcool faisant partie des bases de la relation, éliminer cet élément pourrait amener à mettre fin à cette relation. On observe, en effet, des comportements spécifiques chez les deux membres du couple autour de l’alcool. Par exemple, plus l’un va cacher les bouteilles plus l’autre va les chercher ; plus l’un ressent de la culpabilité, plus l’autre le culpabilise, ce qui pousse de nouveau le premier à s’alcooliser … Ces failles dans leur fonctionnement sont susceptibles de précipiter le couple dans un engrenage.


3) Demande d’aide extérieure


La demande d’intervention est souvent formulée par le co-alcoolique au moment où la situation a atteint un degré qu’il ne peut plus accepter. Par exemple : le sujet alcoolique ne remplit plus ses devoirs professionnels ou a été trop loin lors d’un état d’ébriété, à l’égard d’un proche (souvent un enfant) ... Le rôle du co-alcoolique change à ce moment et devient punitif et coercitif. Il permet de mettre la personne alcoolique devant ses troubles (diminuer le déni) et aborder la nécessité d’être aidé. Ainsi, cette demande peut être le déclencheur d’une prise en charge thérapeutique.



DIFFICULTES RENCONTREES AU SEIN DU COUPLE


Nous pouvons regrouper ces difficultés en quatre catégories :


1) La violence


La violence est au cœur de la relation de ces couples quelque soit le sexe de l’alcoolique. Cette violence se traduit à la fois par des agressions physiques mais également par un mode de communication agressif. Elle est omniprésente et son impact est considérable sur le fonctionnement du couple.


2) Les dysfonctions sexuelles


Les difficultés de ces couples sur le plan sexuel ne diffèrent pas des autres couples ayant des problèmes sexuels à savoir une satisfaction sexuelle moindre, une fréquence des rapports sexuels moins élevés et un désaccord concernant leur sexualité. Seul diffère un problème d’impuissance chez le malade alcoolique.


3) Les problèmes psychologiques


La fréquence de détresse psychologique et des problèmes comportementaux chez le conjoint et les enfants d’un alcoolique est plus élevée que dans d’autres familles. Le conjoint souffre davantage de dépression et d’anxiété, énonce des plaintes psychosomatiques, a recours plus fréquemment aux ressources médicales et a un plus faible fonctionnement social (Moos et al 1982).


4) Les problèmes de communication


Ils proviennent à la fois de l’alcoolique et de son conjoint. En effet, l’agressivité que  l’alcoolique porte en lui l’amène à communiquer sur un mode agressif. La communication ne semble être possible que sur ce mode ce qui peut, par la suite, engendrer des situations elles-mêmes teintées de violence. Par ailleurs, lors de la prise de boisson, le conjoint de l’alcoolique critique et fait ressentir son mécontentement, ce qui entraîne de nouveau des conflits, de l’agressivité et parfois une augmentation de la prise de boisson.

CSAPA Jura-Sud  
Centre de Soins, d’ Accompagnement et de Prévention en Addictologie
COMMENT SE MET EN PLACE UNE DÉPENDANCE  ?
COMMENT DEVIENT-ON ACCRO  ?


Il n’est pas inutile de se poser parfois des questions sur nos consommations.
Suis-je un simple usager  ? Suis-je dans l’abus  ? Suis-je dans la dépendance  ?

Comment définir l’intensité de notre consommation  ? Comment quantifier les risques auxquels nous expose notre comportement  ?

Est-ce que je fais du sport en étant dans le plaisir ou ai-je toujours besoin d’augmenter mes efforts et en faire même si je suis blessé  ? Ma vie tourne t-elle autour de ma pratique, ma consommation, mon jeu….  ? Mon comportement et mes consommations ont-ils un impact sur ma vie sociale, professionnelle, familiale  ? Si j’en ressentais la nécessité, ou même simplement pour me tester, saurais-je interrompre quelque temps ma consommation  ?

Afin de faire une avancée dans la connaissance de soi nous devons étudier ces différents niveaux de consommation ou de comportement. Nous allons tenter de différencier, l’usage simple de l’usage nocif ou abusif et définir la notion de dépendance.



L’USAGE SIMPLE

L’usage simple, l’usage par curiosité, souvent convivial est ponctuel, sans obligation, conséquence d’un libre choix. Il procure une excitation, une sensation agréable parfois extrême. Il n’engendre pas pour autant un manque lorsque les effets ne se font plus ressentir, et la répétition du comportement ne devient pas obsessionnelle. Il n’entraîne pas de trouble du comportement avec des conséquences néfastes sur la vie quotidienne, ni de complication pour la santé. Toutefois il peut devenir risqué en cas de consommations associées (par exemple alcool + cannabis) ou lors de la conduite automobile.



L’USAGE NOCIF OU ABUS

L’abus est une consommation inappropriée d’un produit ou un comportement excessif, s’avérant dangereuse pour la vie sociale, la santé physique et/ou psychique. Le cerveau a interprété cette consommation, ce comportement comme utile et apportant une modification positive sur l’organisme. Il peut s’agir de vouloir écarter une humeur sombre, dépressive, une angoisse ou un ennui qui sont ainsi mis à l’écart par la consommation (alcool, cannabis, médicaments anxiolytiques, autres drogues) ou par le comportement (sport, jeu, crise boulimique…). C’est une solution facile, à disposition pour sortir de l’état de mal-être. Contrairement à l’usage simple, l’abus entraînera un changement de comportement de la personne (déni, mensonge, violence, colère…). On repère l’abus par  :
 une consommation à des moments ou lieux qui s’avèrent dangereux sous produit (travail, conduite…)
 des infractions répétées liées à la consommation de produit
 une dégradation des relations sociales et familiales
 une difficulté à accomplir ses obligations professionnelles et familiales
 une incapacité à ne pas consommer pendant plusieurs jours

A ce stade, il est important de consulter car le glissement vers la dépendance est proche et les conséquences de cette consommation sont dangereuses.


DÉPENDANCE

La dépendance est à la fois physique et psychologique. Psychiquement, elle se traduit par une souffrance extrême (malaise, troubles du sommeil, irritabilité, angoisse, dépression…). Physiquement, divers symptômes apparaissent  : maux de tête, maux de ventre, courbatures … d’une intensité plus ou moins violente mais parfois extrême. L’état de manque dû à une baisse ou une absence du produit dans un organisme qui s’était habitué à vivre avec provoque des tremblements, des convulsions pouvant aller jusqu’à la crise d’épilepsie.
Du fait d’un phénomène d’accoutumance, la personne va être contrainte d’augmenter continuellement sa consommation ou de s’adonner à son comportement afin d’obtenir les mêmes effets. On observe donc une perte de la liberté de s’abstenir. Le comportement ou la consommation deviennent alors le centre de toute l’existence psychique, physique et sociale de la personne. L’addict est devenu la proie d’un comportement qu’il ne maîtrise plus. Le dépendant n’a plus le choix («  je n’en peux plus  »). De sa recherche initiale de plaisir ou d’expérience, il bascule vers un besoin obsessionnel, impossible à réfréner. Son comportement est devenu son seul moyen de survivre. On observe  :
 un comportement ou une consommation répétés et permanents.
 un état de tension ingérable avant la consommation ou le comportement et un soulagement après.
 un sentiment de perte de contrôle de soi lors de la consommation ou du comportement.
 un besoin intense et persistant de répéter le comportement ou de reprendre le produit.
 une préoccupation unique pour le produit ou le comportement (obtention du produit, consommation, effets…)
 un désinvestissement de la vie sociale, scolaire ou professionnelle et familiale.

Les conséquences sont désastreuses  : envahissement dans tous les domaines du quotidien, impossibilité à agir de manière adaptée à l’environnement, isolement, perte du rythme quotidien (absence d’hygiène, repas à n’importe quelle heure, ou parfois sautés…), conflits avec l’environnement social et familial, difficulté à honorer ses obligations (travail, devoir à rendre, rendez-vous, obligations de la vie de famille…). Progressivement la personne s’isole, et ne vit qu’au service de l’assouvissement de son comportement.

Comment nait la dépendance  ?

 
La dépendance est le résultat d’une rencontre entre une personne, un produit, une histoire personnelle et un environnement. Nous ne sommes pas tous égaux face au risque de «  tomber  » dans la dépendance. C’est une maladie des émotions accentuée par l’apparition d’un disfonctionnement de certaines zones du cerveau (conséquence de la consommation ou du comportement). Certains signaux sont interprétés de façon inadaptées et entraînent une répétition du comportement nocif (système de récompense, transmissions neuronales…)
Pour reprendre une formule devenue célèbre d’un champion cycliste  : la dépendance se crée «  à l’insu de notre plein gré  ».

Il est cependant possible de se libérer de ses addictions avec une aide appropriée. Prenez rendez-vous au CSAPA Jura-Sud et nous vous aiderons à faire le point sur votre situation…
Et si vous le souhaitez nous chercherons ensemble les voies vers une libération.
L’ADDICTION AU JEU…

est un comportement fréquent qui n’est pas sans conséquences.
Le terme « addiction » évoque en général la consommation excessive et dangereuse d’un produit du fait de l’installation progressive d’une dépendance. Ainsi parle-t-on d’addiction à l’alcool, à la cigarette, au cannabis, à divers médicaments psychotropes, à l’héroïne, à la cocaïne, etc.
Ces dépendances à des produits sont bien connus dans le grand public car nous avons pour la plupart d’entre nous dans notre entourage des personnes dépendantes notamment à l’alcool ou au tabac et nous avons pu observer leur comportement et leurs difficultés, parfois leur souffrance.
Les addictions sans produit sont plus étranges et elles sont mal connues.
QUELLES SONT LES ADDICTIONS SANS PRODUIT ?
On les appelle aussi addictions comportementales

-l’addiction au jeu.
Elle est favorisée par le grand développement des jeux de tirage et de grattage en accès très facile avec résultat immédiat ce qui favorise l’addiction. Cette addiction est très présente aussi chez les joueurs des Casinos qu’on trouve dans les villes thermales en conséquence d’une législation ancienne jamais remise en cause.
Dernièrement les tirages en direct à la télévision, la légalisation du jeu sur Internet ont donné encore un coup de pouce favorable à de nombreux joueurs qui auraient pu échapper jusque-là à cette envie.
De même les paquets-cadeaux avec plusieurs jeux de grattage sont un cadeau idéal pour de nombreux bambins qui échappent aux lois sur la protection des mineurs grâce à la bienveillance de leur entourage et notre jeunesse commence ainsi à gratter le jeu alors même qu’elle n’a pas fini encore de se gratter le nez.

Au cours des dernières décennies la législation sur le jeu a toujours évolué dans le sens d’en favoriser l’accès et de recruter toujours plus de joueurs pour procurer des gains à l’État.












Des gains à l’État certes, mais pas que ! Actuellement fleurissent dans nos campagnes des lotos à toutes occasions en général au profit d’une association qui attire la sympathie du joueur ce qui permet de faire accéder au jeu d’argent toute une frange de la population qui aurait juré ses grands dieux de ne jamais s’y adonner. Le quotidien local relate l’évènement pendant que le législateur regarde ailleurs.
-l’addiction à Internet
-l’addiction aux jeux vidéo
-les achats compulsifs
-l’addiction au sexe.
D’autres conduites sont discutées et selon les auteurs sont considérées ou non comme des comportements addictifs :
-l’anorexie et la boulimie
-la kleptomanie
-les efforts intensifs et prolongés (sports d’endurance)
-le workaholics (bourreaux de travail)
-certaines tentatives de suicide à répétition
-certaines conduites à risque…
Beaucoup de spécialistes mettent cependant en garde contre la tentation (entretenue par les médias) de volontiers traiter d’addict des comportements répétitifs, porteurs de plaisir et pratiqués par une infime minorité de nos concitoyens qui surprennent gravement par leur comportement la majorité ambiante.
Tout ce qui peut paraitre à beaucoup comme excessif n’est pas nécessairement une addiction.

JE SUIS ADDICT AU JEU ! SUIS-JE UN SPÉCIMEN RARE ?
Non, car hélas l’addiction au jeu est un comportement assez répandu. On estime que 1 à 2% des français sont addicts au jeu. Ce qui représente 400 000 à 800 000 joueurs ayant perdu la maitrise et en proie à un comportement devenu obsessionnel.
Parmi ces joueurs 8 sur 10 sont des hommes et 80% des joueurs dépendants sont endettés du fait de leur pathologie.
J’AIME BIEN JOUER… MAIS DE LÀ À ÊTRE DÉPENDANT…  
MÊME SI C’EST VRAI QUE J’AI UN PROBLÈME : QUAND JE COMMENCE, JE NE SAIS PLUS M’ARRÊTER…
Prudence ! L’un des problèmes de l’addiction c’est qu’elle se heurte longtemps au déni. Le joueur trouve un plaisir au jeu. Un plaisir bien innocent dont il ne voit pas pourquoi il se priverait. Après tout il est libre d’organiser comme bon lui semble ses loisirs et d’utiliser comme bon lui semble son argent. Car c’est bien son argent, n’est-ce pas ?
Au début.
Mais très souvent et parfois très vite il va falloir utiliser de l’argent emprunté à son entourage, à son banquier. Parfois il faudra se départir de ses biens, et parfois se servir dans la caisse. Car le joueur le sait bien : la prochaine fois il va se refaire ! Mais cette fois encore ça n’a pas marché et c’est encore lui qui est refait ! Les ennuis familiaux, relationnels, professionnels,  judiciaires s’enclenchent.
On comprend bien qu’on est déjà sur la très mauvaise pente.
A quels signes peut-on reconnaitre que l’on a quitté le simple jeu sans gravité pour être maintenant devenu un joueur excessif et en danger ?
Voici quelques repères pour reconnaitre le joueur excessif :
-Il ne pense qu’à ça ! Jouer et une obsession qui obscurcit le reste de sa vie.
-Il joue des sommes de plus en plus importantes de la même façon que le fumeur augmente progressivement sa consommation de tabac.
-Il a déjà essayé plusieurs fois de s’arrêter mais il n’y est pas arrivé.
-Quand il essaye de s’arrêter ou quand il y est contraint parce qu’il n’a plus d’argent pour miser, il est nerveux et irritable. Parfois violent.
-Il cherche et compile les difficultés de sa vie qui pourraient servir de prétexte pour oublier et jouer encore et encore.
-Il rejoue parce qu’il connait le moyen de se refaire, la martingale qui va le sauver, le coup gagnant. Il en est sûr.
-Il joue souvent en cachette, et peut mentir à son entourage pour cacher son addiction et ses pertes financières.
-Il met en danger son couple, sa vie personnelle et familiale, sa vie professionnelle et l’on change de trottoir quand on le rencontre. C’était un ami, un collègue chaleureux mais il est devenu un tapeur de première à éviter… coûte que coûte!
Que devient l’entourage du joueur excessif ?
L’entourage est naturellement très mal à l’aise. Il se pose des questions :
-Je suis inquiet de voir avec quelle fréquence il joue
-Je m’inquiète de voir les sommes d’argent qu’il dépense dans le jeu
-C’est un sujet de dispute récurrent entre nous
-J’ai essayé de l’empêcher de jouer
-J’ai menacé de le quitter (et parfois je l’ai fait)
-Je me sens responsable de ne pas savoir l’arrêter
-J’ai envisagé de le dénoncer
-Je suis obligé de prendre des médicaments pour gérer mon angoisse
RIEN NE VA PLUS !
JE PASSE ET MES IMPAIRS ME MANQUENT…





























COMMENT AIDER LE JOUEUR LORSQU’IL EST SUR LA VOIE DE LA DÉPENDANCE ?

IL FAUT BÂTIR UN PROJET ENSEMBLE. LES SOLUTIONS TROP FACILES TIRÉES DU SAC NE MARCHENT PAS !
On est face à une addiction. Une maladie. Il faut du temps, de la patience, accepter les rechutes, accepter que plusieurs tentatives puissent être nécessaires.
Il faut échanger toujours. Couper le dialogue est lourd de conséquences. Il faut témoigner de son inquiétude. Ne pas tout accepter (prêts d’argent).
Il faut que l’entourage accepte de se faire aider par des professionnels (CSAPA par exemple). C’est une nécessité car il doit rester fort pour faire face aux conséquences très difficiles à gérer de cette addiction.
Il faut s’informer pour trouver des conseils, des solutions souvent provisoires qui seront le premier pas vers des solutions plus durables. Des structures sont à votre disposition pour aider le joueur et pour aider son entourage.
ICI:
CSAPA Jura-Sud,  163, Rue Marcel Paul   39000-Lons le Saunier
03 84 24 05 71    
csapalons@orange.fr
AILLEURS :
Vous trouverez facilement un CSAPA
(Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie)
proche de chez vous sur Internet.
Les soins sont anonymes et gratuits.



Vivre sans cannabis